Le week-end des 14 et 15 février. L’hiver derrière soi. La saison devant. C’est l’état d’esprit avec lequel on embarque pour Gérone — chercher le soleil catalan, sentir la poudre, remettre les jambes dans le bon sens.
Spoiler : le soleil, il avait d’autres plans.
La préparation : honnête, pas parfaite
Honnêtement ? La coupure des fêtes avait laissé des traces. Pas les pires. Mais à 45 ans, les kilos superflus ne font pas de cadeau sur les cols. L’objectif était simple : manger sérieux, s’entraîner qualitatif, arriver en forme relative. Mission globalement accomplie — avec la nuance qu’on se fait quand même plaisir à cet âge-là. C’est la règle.
Problème : cet hiver a été une succession de tempêtes, d’inondations, de routes impraticables. Les séances n’ont pas toutes été au rendez-vous. Mais les premières sensations avant le départ étaient prometteuses. Ça devait suffire.
Gérone, jeudi : l’arrivée en mode réaliste
La route depuis la France confirme les dégâts. Arbres couchés, embouteillages, routes défoncées. Le décor plante le ton. On arrive vers 15h30 — juste à l’heure pour récupérer le dossard, juste à l’heure pour constater que le ciel est gris, humide, et fermement décidé à le rester.
L’ambiance autour de l’inscription est calme mais qualitative. Bonne musique, stands soignés, les gars de Carte Blanche avec leurs peintures custom sur vélos OPEN. On croise des têtes connues. Un peu de blabla, le rituel habituel.
Et puis — coup de hasard qui fait chaud — Ramuntxo. Des années sans vraiment se croiser. Le gravel a ce truc magique de faire se recroiser les routes. Le gars n’a pas changé : cool, simple, pas prise de tête. Il est avec Mathieu, le gérant de Cyclebox au Mans — le magasin de Marc Hamelin, rencontré au Maroc. Le monde du vélo est décidément petit. Et ils logent dans le même hôtel. Les bières du week-end sont donc officiellement au programme.
Soirée sage malgré tout. Petit repas. Dodo. Il fait moins de 8 degrés. Demain matin, ça va piquer.
Samedi – 120 km : la boue comme terrain de jeu
150 pros. 450+ amateurs dans les catégories d’âge. 40 nationalités. Des types qui ont traversé la planète pour ouvrir la saison européenne. L’ambiance sur la ligne est électrique.
On se retrouve à trois : Ramuntxo, Mathieu, et moi dans le box de nos catégories d’âge respectives. On ne sera pas en première ligne. Ça, c’est une certitude depuis un moment. L’avantage, c’est qu’il reste de la place derrière. C’est presque rassurant.
3… 2… 1. Le départ est donné.
Ça part plein gaz. Évidemment. C’est roulant, c’est rapide, le peloton s’étire immédiatement. Le froid mord les jambes mais les sensations sont là. On est tous en surrégime, on a tous froid : c’est la classique de l’ouverture de saison.
Rapidement dans le top 100. Très à l’aise dans les descentes, je double beaucoup. Moins à l’aise dans les longues montées, je concède un peu. Le diesel prend du temps à chauffer, ce n’est pas nouveau.
Un Espagnol de ma tranche d’âge s’accroche dans la roue. On se trouve un rythme. Pas de mots, juste des relais propres. On reprend des groupes sur les parties roulantes. L’association fonctionne bien, presque toute la course ensemble.
Le parcours, lui, a pris cher. Les tempêtes des semaines précédentes ont transformé certains passages en champs de boue impraticables. L’organisation a dû revoir sa copie. Ce n’est pas ce qu’on avait imaginé. Mais c’est ça aussi, le gravel : s’adapter à ce que la météo décide.
Les kilomètres passent vite. 120 km, c’est « court » pour ce type d’épreuve. À plus de 45 ans au compteur, je suis un bon vieux diesel et je commence à être vraiment chaud vers le km 80. La fin de course arrive presque trop tôt. Sur les 10 derniers kilomètres, on rattrape un groupe de trois. Et là, le spectacle commence. Les jeunes se positionnent, calculent, ragassent en vue d’un sprint. Les vieux roulent, font les relais et passent la ligne en se checkant avec le sourire. Les mimiques des jeunes dans ces moments-là sont assez clivantes : les mêmes expressions qu’un pro en finale d’une classique belge…
Résultat : 8ème de catégorie (même temps que le 7ème). Pour un début de saison dans ces conditions, c’est satisfaisant.
Dimanche – 85 km : la crevaison qui fait mal
On reprend les mêmes. La météo est un poil plus clémente. Moins d’humidité, un peu moins de froid. Mais le profil du jour ne rigole pas : départ direct dans un col, 5 km de montée sur des pistes raides.
Pour un diesel de plus de 90 kg, c’est une mise au défi immédiate.
Le plan : passer le premier col sans exploser, puis envoyer des watts sur le reste — un parcours vallonné qui joue en faveur de la puissance sur des montées courtes. C’est le terrain idéal. Il faut juste survivre au départ.
Ligne de départ. L’excitation habituelle, le petit stress habituel. Le départ est rapide, comme prévu. Quelques centaines de mètres plats pour gratter des places, puis la montée. Je réussis à me raisonner — à ne pas exploser, à gérer. Au sommet, je trouve un bon groupe. Je reste dans les roues quelques kilomètres. Je suis autour du top 10 de catégorie. Le plan tient.
Puis vient l’heure de montrer le nez à l’avant. On relance. On reprend des groupes. La dynamique est bonne. Vraiment bonne.
Une petite montée technique. Une descente roulante. Premier virage.
Un caillou roule sous la roue avant. Le bruit. Celui qu’on reconnaît immédiatement. Celui qu’on ne veut jamais entendre : Crevaison.
Arrêt. État des lieux. Du préventif sort du pneu ; le trou est trop grand pour que le tubeless colmate. Mèche installée. Mini pompe électrique sortie fièrement : achetée la semaine d’avant, révolutionnaire, le bon achat.
Le pneu se regonfle. Je repars. Je perds de l’air.
La mèche ne fait pas l’étanchéité. Plus assez de préventif dans le pneu. La vraie erreur : ne pas avoir refait le plein de liquide depuis le BikingMan Maroc. La pompe électrique n’a que 2-3 recharges possibles. J’essaie. Je regonfle. Je reperds l’air. Je réessaie. Fiasco.
Plus de batterie. Plus d’air. Pas de chambre à air de secours. DNF.
Je repars à pied vers un carrefour aperçu 3-4 km plus tôt, là où la Guardia Civil et quelques membres de l’organisation étaient postés. Personne ne peut me récupérer. Plan B nécessaire.
C’est là qu’intervient un jeune triathlète de Gérone. On discute, on rigole un peu de la situation. Il me passe une chambre à air en 23mm, ce n’est pas l’idéal sur un pneu de 45mm, mais c’est toujours ça. Il me prête sa pompe. Je répare. Je rentre par les pistes en faisant le circuit du départ en sens inverse… sans le col, quand même.
Le bilan : positif, malgré tout
L’idée de départ était simple : du soleil, du rythme, un premier repère de saison. Le soleil a été remplacé par de la boue. Le rythme, lui, a répondu présent — 8ème de catégorie le samedi dans des conditions difficiles, c’est une bonne base.
Le DNF du dimanche ? Une erreur de débutant. Ne pas avoir refait le plein de préventif avant la course, c’est le genre de détail qui ne pardonne pas quand le terrain est cassant. Leçon retenue.
Côté matos, l’Open UP première génération a bien tenu son rang. Le nouveau attend sagement dans la boîte — pas eu le temps de le monter. La limite du pneu arrière en 40mm sur des parcours aussi agressifs se fait sentir. Le choix du semi-slick malgré les conditions n’a pas posé de vrai problème — la crevaison, elle, n’avait rien à voir avec le profil de gomme.
La saison est lancée. Plus tôt que l’an dernier. Avec de la boue sur les jantes et un DNF dans la besace — mais des jambes qui répondent et des raisons d’y croire.
...La suite s’annonce bien.